20 juillet
Départ matinal vers la frontière kirghize. Les montagnes sont vraiment impressionnantes, à tel point que je vais devoir peut-être modifier mes précédent récits pour pouvoir encore un peu monter en puissance dans les superlatifs, parce qu’ici c’est juste encore plus impressionnant que tout ce que j’ai vu jusqu’à présent. Je suis absolument seul au monde, mis un part un petit garçon sur un âne que je croise au milieu de nul part. La piste qui m’amène à la frontière est un vrai régal.
Au poste de frontière kirghize, la barrière est encore fermée, je suis le premier à me présenter aujourd’hui, alors que tous les gardes sont affairés à préparer leur dîner.
Le contrôle sera relativement aisé, « Do you have drugs ? », « No », « Ok, go to next door ». Et là je rentre dans un petit bureau équipé d’un ordinateur d’un autre temps, un vieux Compaq 486, dont le disque dur fait un bruit tellement suspect, que je le soupçonne de lâcher à tout moment… Peut-être que l’officier aussi, puisqu’il rempli également tous les formulaires dans différents registres en papier. C’était pas très rapide, mais le personnel est très sympathique.
Pour me rendre du côté Tajik, il y a un noman’s land de 30km à parcourir, une magnifique route d’ailleurs. Une fois devant la barrière, ici c’est encore un peu plus procédurier. Je dois attendre que le seul véhicule qui se trouve avant moi passe tous les contrôles. Heureusement, il y a justement un couple de cyclistes allemands qui viennent dans ma direction et je fais un brin de causette avec eux.
Le passage de frontière est relativement lent, surtout si on prend en compte le fait que je suis seul, mais les officiers sont tous très accueillants et viennent regarder ma moto et me serrer la main. Je leur laisse un autocollant a coller sur une de leur baraque en tôle avec avoir vu que le même autocollant « Dusty Woobles » que Sakke m’a donné en Finlande est collé sur la porte…
Une fois la frontière passée, près de 45 minutes plus tard, il ne me faudra pas beaucoup de kilomètres pour décréter que le Tadjikistan possède les plus belles montagnes qu’il m’ait été donné de voir. La pamir highway, la route qui relie le Kirghizistan à Douchanbé, la capitale Tadjik, est tout à fait à la hauteur du mythe. Je n’en crois pas mes yeux tellement c’est beau, jamais je n’ai vu de montagne ayant autant de couleurs différentes dans la roche. Et la cerise sur le gâteau, c’est quand j’arrive aux abords du lac de Karakhul, dont la couleur est presque irréelle, un bleu vert turquoise incroyable. Il ne m’en faut pas plus pour décider de passer la nuit ici, même s’il n’est que 13h. Je trouve un hébergement chez l’habitant et comme à Sary Tach, le confort est très sommaire. Je commence à me faire à l’idée que je vais devoir renoncer pour de bon à de vraies toilettes ici… Karakhul se situe à une altitude d’un peu plus de 3900m, et je le sens vraiment, parce qu’après ma petite marche pour voir le lac, je suis totalement essoufflé.
Dans le homestay se trouve également un touriste hollandais, Vincent, qui voyage en Lada avec un guide et un chauffeur. Le courant passe relativement bien entre nous et au final on passe toute l’après-midi et toute la soirée à discuter. Il est ingénieur en chimie pour une compagnie pétrolière et a quitté son job pour voyager, probablement pendant 1 an.
Les hôtes nous prépare même de quoi prendre une douche chaude. Le luxe ! Enfin presque… Il y a une douche commune que plusieurs familles se partages à une centaine de mètre de notre logement. Il s’agit en fait d’un pièce avec un gros bac d’eau froid, et un bac d’eau chauffé avec un feu de bois. Une écuelle et une petite casserole et fer blanc permet de faire le mélange pour avoir la température opportune…
Et bien figurez-vous que ça passe quand même drôlement bien !
Pendant le souper, on se met à table avec le chauffeur et le guide de Vincent, qui parle aussi anglais.
Il nous donne quelques informations très intéressantes sur les rapports entre la Russie et le Tadjikistan. Par exemple, ici l’essence est près de 2 fois plus chère que dans tous les autres pays d’Asie centrale… La raison ? Le Tadjikistan possède un aéroport militaire qui intéresse les américains et les russes… Les américains ont fait une proposition à grand renfort de dollars, la Russie… a simplement restreint l’approvisionnement d’essence et de gaz pour leur montrer qui c’est qui commande ici… Et ici, comme partout ailleurs en Russie d’ailleurs, si on aborde la question des attentats qui ont eu lieu à l’aéroport de Moscou cette année, tout le monde pense que c’est le gouvernement qui les a commandité, tout comme les attentats de 1999 qui avaient été imputés aux tchétchènes…
21 juillet
Je me lève tôt uniquement lorsque j’ai un gros trajet de prévu et aujourd’hui c’est le cas. Je vais aller directement jusqu’à Khorog, sans passer une nuit à Murgab, comme prévu initialement. L’état de mon pneu arrière étant devenu trop critique pour espérer continuer mon voyage ainsi, je dois au plus vite pouvoir contacter mes parents et trouver un moyen de me faire envoyer un jeu de pneu depuis la Suisse, car ici il n’y a pas la moindre chance de trouver quelque chose. Au Tadjikistan, les seules personnes voyageant à moto sont des touristes. Khororg, est le seul endroit où je peux théoriquement avoir accès à internet de toute la région.
Les 470km qui me séparent de Khorog nécessiteront près de 11heures, la route étant par moment très mauvaise. Les paysages quand à eux sont toujours aussi magnifiques et je franchis le très impressionnant col de d’Ak-Baital qui, avec ses 4655m, est le plus haut col de la route du Pamir.
Je suis contraint de tout de même faire une halte à Murgab pour tirer de l’argent dans une banque… Mal m’en est pris… Après 1h d’attente, et avoir effectué la transaction 3 fois, ils ont finalement annuler mon retrait pour des raisons que j’ignore et j’ai dû changer des dollars à un taux peu avantageux, parce que, figurez-vous que le taux est meilleur pour les billets de 100$ que les autres !
Il y a très peu de vraies stations services sur la route du Pamir, la plupart vendent l’essence directement de la citerne d’un vieux camion russe, ou alors en bidon ou bouteilles pet. La qualité est relativement mauvaise, et c’est surtout de la 80 qu’on trouve, coupée avec dieu sait quelle saloperie, et à un prix quasiment 2 fois plus élevé que dans tous les autres pays d’Asie centrale soit presque comme en Suisse. A cause de cette mauvaise essence combinée avec l’altitude relativement élevée (3000-4000m), ma moto consomme près de 20% plus d’essence qu’en condition normale.
J’arrive à Khorog en début de soirée à la sympathique Pamir Lodge et je partage la chambre avec Danny, un canadien qui est en voyage à vélo depuis 8 mois avec sa copine, qui elle est restée à Douchanbé. Dans quelques jours ils partent pour la Suisse, pour visiter son frère qui après un voyage a rencontré une suissesse et n’est jamais retourné au Canada.
On passe la soirée à discuter, et pour un gars qui n’a que 28 ans c’est impressionnant tous les voyages qu’il a déjà effectué, surtout plein de road trip très rock’n'roll au USA et au Canada ou il voyageait en stop, à pied ou à vélo, quasiment sans argent et dormait où il pouvait…
22, 23 et 24 juillet
L’état de mon pneu arrière est tel, que je décide de ne pas continuer ma route avant de l’avoir changé, il a des coupures et on voit la toile à plusieurs endroits. Sur les pistes de cailloux qu’il y a ici, ça serait vraiment chercher la crevaison que de continuer à rouler.
Alors que je suis en train d’organiser l’envoie d’un nouveau jeu de pneu par DHL avec mes parents, et que le paquet est prêt pour partir lundi, je prends la décision, pour des raisons personnelles que je ne souhaite aborder ici, de retourner en Suisse le plus rapidement possible.
Ma tâche n’est pas rendue aisé par le fait que ni le téléphone ni internet ne fonctionne dans la ville, et je passe tout le week-end à essayer de trouver un internet café qui fonctionne, sans succès. Ma carte sim Suisse ne fonctionnant pas ici, j’achète une carte locale, et au moins le réseau de téléphone portable fonctionne. C’est finalement un copain en Suisse qui se charge de m’achèter un billet d’avion online, car je ne peux pas prendre le risque d’attendre encore un jour de plus pour acheter mon billet.
Pendant ce long week-end d’attente, je fais la connaissance de Robert, un anglais de 39ans qui voyage avec une BMW R80 G/S de 1981 , soit la toute première GS, celle qui est à l’origine du mythe en fait !
Il a tout quitté il y a 7 ans pour voyager et surtout pour consacrer son temps à sa passion, l’écriture. C’est quelqu’un de très intéressant et une très bonne compagnie. J’ai passé beaucoup de temps à discuter avec lui et il m’a donné un coup de main pour démonter mon pneu arrière, lui ayant déjà changé lui-même son pneu. Par contre, entre les 110 à chambre à air de sa moto et les 130 tubeless de la mienne, la différence est grande et il nous faudra près de 45 minutes à 2 pour y parvenir.
25 juillet
A 6h30, avec Daryl, un compatriote balois, nous nous rendons à la gare routière pour trouver une jeep qui part en direction de la capitale, Douchanbé. C’est un trajet qui prendre entre 14 et 24 heures, suivant le moyen de transport choisi, soit jeep ou marchroutka (minibus). Bien évidemment nous avons opté pour la première solution. Nous avons une banquette pour nous deux, tout au fond de la jeep, ce qui semble est un luxe au premier abord, quand on voit comme les gens sont entassés dans les marchroutkas.
Toutefois, même avec ce confort relatif, le trajet reste difficile, la route étant dans un état absolument déplorable auquel il faut ajouter la température infernale, une crevaison, 3 haltes pour manger et surtout l’unique cd de pop musique perse et russe qui tournera en boucle pendant les 15 heures du trajet ! Trois passagers de notre jeep devront vomir par la fenêtre pendant le trajet, c’est vous dire si ça secoue. Je ne sais pas comment je m’en suis sortis ,moi qui ai normalement facilement le mal des transports… A un certain moment, Daryl, fatigué et agacé par la musique, fait semblant qu’il trouve la musique cool, et le chauffeur tout content augmente encore le volume d’un cran…..
Quand on arrive enfin à Douchanbé vers 23h, on prend un taxi et les 3 premiers hôtels qu’on visite sont tous pleins ! Le chauffeur de taxi nous amène finalement dans un autre hôtel dans un stade de foot à 15$ la nuit qui a encore de la place. On prend donc une chambre ici et on s’écroule de fatigue après cette journée marathon.
26 juillet
Je passe la journée avec Daryl, à visiter un peu Dushanbe et à siroter une bière sur une terrasse. Il a travaillé ces dernières année en Allemagne, en Suède et au Brésil et parle couramment allemand, français, anglais, espagnole et portugais ! Maintenant il est en voyage depuis environ 1 an et ne prévoit pas encore de rentrer pour le moment…
Le soir nous allons dans une sorte de fast food local qui semble très populaire au vu du nombre de personne présentes et on succombe à la tentation de manger une pizza, bien entendu pas terrible, mais tout de même infiniment meilleure que tout ce que j’ai mangé depuis que mes pieds sont sur le sol tadjik….
A 3h00 du mat, je pars en taxi pour l’aéroport. J’arrive dans les premiers, avec d’autres touristes suisse, et après à peine 20 minutes, j’ai déjà passé tous les contrôles… Je retrouve plusieurs personne que j’ai rencontré à la Pamir Lodge, dont un touriste suisse, un couple d’allemand et Danny et sa copine qui viennent en vacances en Suisse.
3 et 4 août
J’arrive à l’aéroport de Douchanbé à 3h30 du matin, et après une attente assez longue pour refaire mon visa directement dans le bureau de l’immigration, je m’en vais vers le bureau de Tajik Air, en espérant pouvoir prendre un vol et ainsi éviter l’infernal trajet en jeep jusqu’à Khorog…
Toute la semaine passé, les avions sont restés cloués au sol pour des raisons que j’ignore, mais je décide de tenter ma chance. Un local vient vers moi et me dit que le bureau de vente de ticket n’ouvre qu’à 9h00…. Pfff…. Bon, ma décision est prise, je vais retourner en jeep, pas la patience d’attendre encore plus de 4h pour ne pas être sûr d’avoir un vol.
Je trouve rapidement une place dans une jeep, et me réjouis un peu vite, car on quitte la gare qu’aux environ de 7h00.
Nous sommes 9 dans la voiture, donc 1 bébé et le chauffeur, malgré sa grande sympathie n’est dans le genre pas le plus efficace. Il s’arrête tout le temps, même pour faire le plein, il doit se rendre à 3 reprises à la caisse… Je ronge mon frein en silence…
Entre les haltes pour acheter des pastèques, des tomates et je ne sais quels autres fruits et légumes qu’il inspecte méticuleusement et marchande longuement le prix, il y a bien entendu tous les check points de la police, où à chaque fois qu’il montre ses papiers, il doit glisser quelques petites coupures dans la main du policier corrompu jusqu’à la moelle.
Après plusieurs haltes pour manger ou laisser refroidir le moteur qui surchauffe, on s’arrête dans un café vers 23h… Le chauffeur annonce qu’il va dormir 3h et tous les autres occupants de la voiture vont dormir dans une pièce, alors que moi je reste discuter avec 2 motards australiens et un team belgo-hollandais qui participe au Silk Road Rally avec une vieille jeep. C’est un rally de charité similaire au Mogolian Rally, mais moins connu, il en est qu’à la 3ème édition je crois.
Le but étant de récolter de l’argent pour une bonne cause et de donner la voiture quand on arrive à destination. Ils ont leur porte bagage du tout qui a cassé et doivent laisser une grande partie de leur matériel ici.
Quand toute cette petite équipe décide également d’aller dormir, je n’ai d’autre solution que d’aller sur le siège passager de la Nissan Patrol et essaier de dormir un peu également…
Vers 2h00, on repars et c’est finalement à 4h15 qu’on arrive à Khorog… Le chauffeur me dépose avec mes pneus au terminal avant de continuer vers le centre…. Dommage qu’il ne m’a pas amené un peu plus loin, parce que d’ici c’est encore 45 min de marche jusqu’à la Pamir Lodge, avec 12kg de pneus sur l’épaule et près de 48 heures de voyage, ça aurait été bienvenu….
Tout le monde dort encore, et je rentre simplement dans une chambre vide et m’écroule dans le lit…
A 15h, je me lève pour entreprendre le changement de mon pneu arrière.
Ma première tentative échoue lamentablement puisque lorsque je gonfle le pneu, je m’aperçois qu’il perd de l’air… Damned, j’ai pincé la chambre à air en la remontant !
Avec tous les jurons nécessaires pour accompagner ce travail, je démonte à nouveau le pneu et remplace la chambre à air par celle de réserve. En prenant toutes les précautions qui s’imposent, je termine de remonter le pneu. Il ne perd pas d’air cette fois, mais ce n’est pas un succès pour autant, puisque sur presque un tiers de sa longueur, le pneu ne veut pas se mettre en place dans la jante… J’essaie à plusieurs reprises de le regonfler, en lubrifiant le bord du pneu pour qu’il puisse glisser plus facilement, mais rien à faire… Probablement que mon petit compresseur n’est pas assez puissant pour fournir la pression nécessaire à faire un beau PLOP qui signifie que le pneu est en place…
Sur le moment je ne savais pas, mais on m’a dit plus tard que ça arrive, et que s’il n’y a pas d’autres solution, il faut rouler comme ça et que normalement il se met en place tout seul au bout d’un moment…
5 août
Suite à mon cuisant échec de la veille pour changer mon pneu, je dois trouver une solution pour pouvoir continuer la route.
Je pars donc à pied en direction du bazar me renseigner où est-ce que je peux trouver un atelier de réparation de pneu. J’en trouve un finalement, à l’entrée de la ville, après avoir marché plus de 3km en plein soleil… Bon, il ne reste plus qu’à retourner rechercher ma roue maintenant….
Heureusement, quand finalement je suis de retour à la Pamir Lodge, un taxi arrive pour amener des nouveau touristes… J’en profite pour y grimper avec ma roue et me faire amener directement au vulcanization shop, comme on les appelle ici.
Je montre le problème au gars, qu’une partie du pneu reste coincé dans la jante, il badigeonne copieusement le bord de la jante avec de la vieille huile et le gonfle avec son gros compresseur…. Rien ! Damned, je commence à stresser. Au 3ème essai, on entend un gros PLOP, qui signifie que le pneu s’est mis en place…. Ouf ! Je suis tellement content que je lui donne le double du ridicule montant qu’il me demande (1$) et je pars à la recherche d’un marchroutka (taxi collectif) pour retourner en ville, économiser 0.5$ pour marcher presque 1heure en plein soleil avec une roue qui doit peser 10kg, non merci !
J’hésite presque à partir pour Ichkachim en fin de journée, afin d’aller sur le marché afghan demain matin, mais au final, la flemme aura raison de moi. En plus, nn couple de compatriote bernois, Linda et Christian arrivent et après avoir passé un bon moment à discuter avec eux, on va souper ensemble en ville. Christian est, comme presque la moité des personnes que j’ai rencontré ici, pas en grande forme au niveau de la tuyauterie et se contentera de manger que du riz blanc… Tiens, ça me rappelle quelqu’un à qui ça arrive presque 1 fois par vacances…. Ils viennent de commencer un voyage de 3 mois, ayant pu les 2 prendre un congé non payé.
Mon plan de me lever à l’aube demain matin tombe à l’eau quand on rentre de la ville, car je commence à regarder un super reportage sur l’histoire du heavy metal en 3 parties… C’est donc finalement que vers 2h que je me couche…
6 août
A 10h00 je suis sur la moto en route pour la vallée de Wakhan, un des joyaux de la région du Pamir qui longe la frontière afghane. Je traverse de nombreux petit villages et les enfants accourent toujours en nombre partout où je passe. Alors que je m’arrête pour faire quelques photo, un homme m’aborde et m’invite à aller boire le thé dans sa maison. Pour l’occasion, il me met même CNN sur le téléviseur qui trône au milieu de la pièce. Une journée ne serait pas complète sans rencontrer un cycliste, et c’est encore un compatriote bernois en voyage depuis 3 mois que je croiserai en train de se reposer au bord d’un arbre. Décidément, c’est une destination prisée des suisse-alémaniques.
La route est magnifique, et après avoir passé Ichkachim, trop tard pour visiter son fameux marché afghan qui est accessible sans visa, il y a de moins en moins d’habitations. Il y a plusieurs vestiges à visiter, mais je ne suis pas tout motivé de m’arrêter ou de faire quoi que ce soit d’autre que de rouler… Quand j’arrive dans le petit village de Vrang, je décide de m’arrêter dans un des homestay, étant fatigué et pas vraiment en forme.
Heureusement, la famille qui m’héberge est très accueillante. La pièce ou je loge est, comme à l’accoutumé, très sombre car tous les murs sont couverts de tapis et je dors à même le sol, sur plusieurs épaisses couvertures superposées.
Le souper est servi avec grand soins, et malheureusement je ne peux pas trop faire honneur à tout ça, parce que je n’ose pas toucher à la coupe pleine d’abricot (quelle malheur, mon fruit préféré) de peur de chopper la chiasse. Bien évidemment, le traditionnel bouillon avec des patates et du vieux mouton plein de gras et d’os est de la partie et pas meilleur que d’habitude ! Vous l’aurez compris, le Tadjikistan n’est pas la destination pour un voyage culinaire…
7 août
Après avoir passé une nuit horrible où je n’ai pas eu l’impression d’avoir fermé l’œil tellement que j’avais mal au ventre j’essaie de faire comprendre à la famille qui me loge que je ne prendrai pas de petit déjeuner. Je commence donc cette journée l’estomac vide mais en compote, en assistant à la mise à mort d’un mouton. Un bidon sous la tête, le père lui tranche la gorge pendant que les enfants tiennent les pattes en rigolant. C’est la première fois que je vois un truc pareil et c’est assez gore, la pauvre bête met un temps fou pour mourir et il y a des litres de sang qui sort de sa gorge qui fait un drôle de sifflement… Après avoir coupé la tête, le reste du corps continue à bouger un moment…
Sur cette expérience peu commune pour un citadin, je reprends la route. La forme n’est pas avec moi, ni le moral d’ailleurs et je peine un peu a apprécier à sa juste valeur les magnifiques régions que je traverse. En fin de matinée, je tombe sur un groupe de motards polonais. Ils sont 7, voyageant pour 2 semaines sur des Africa twin de location avec un guide et mécano australien et un véhicule de support conduit par un polonais qui organiser des tours tous les étés dans la région. Après un brin de causette avec eux, je repars et tombe quelques minutes plus tard sur le véhicule de support conduit par Christophe, le gars qui organise ces trips et qui fourni les motos.
Et c’est à peine quelques minutes plus tard que survient le malheur de la journée… Alors que je suis en train d’aller vers Karguch, j’ai soudain un feeling bizarre de la roue avant, ce genre de feeling qui ne fait aucun doute…. Noooooooooooooooooooooooooooonnnnnn, j’ai crevé !
Pourquoi maintenant et pas juste avant le groupe de motards ou mieux encore avant que je croise le véhicule de support de Christophe ? Elle est passé où ma chance que j’avais au début du voyage ?
En ce moment même, si on m’avait donné l’occasion de me téléporter à la maison sans possibilité de reprendre mon voyage, j’aurais accepté sans le moindre regrets, c’est vous dire comme j’étais désespéré. Ici, rien de sert d’espérer que quelqu’un vienne m’aide, il n’y a personne, je ne peux compter que sur moi-même pour m’en sortir. Et justement, je n’ai jamais réussi a changer un pneu tout seul… Si mon moral n’était déjà pas au plus haut, là, il atteint carrément des abîmes… Putain, mais qu’est-ce que je suis en train de foutre ici ?
Dans ma malchance, j’ai tout de même de la chance qu’il y a un seul et unique arbre à environ 50 mètres de ma moto et donc, après avoir démonté la roue avant, je l’amène à l’ombre pour démonter le pneu. Parce que même à plus de 2000m, le soleil est très fort et il fait plus de 30°C.
J’utilise la méthode mongole pour faire glisser les bords du pneu dans la partie centrale, à savoir le démonte-pneu et une grosse pierre. La bonne surprise c’est que c’est nettement plus facile que lorsqu’on a fait la même opération pour le pneu arrière avec mon ami Robert à Khorog. Comme je transporte justement un pneu avant neuf avec moi, je vais en profiter pour monter le nouveau.
Loi de Murphy oblige, en démontant le pneu je pince bien entendu la chambre à air, et maintenant au lieu de n’avoir qu’un tout petit trou, elle en a deux gros en plus ! Heureusement que mon père m’en avait donné une de réserve. Mais je n’ai plus droit à l’erreur cette fois!
Je monte le nouveau pneu sur la jante et insère la chambre à air en la saupoudrant au préalable de talc, pour tout faire dans les règles de l’art. Vient maintenant la partie la plus critique qui consiste à remettre le pneu dans la jante au moyen des 2 leviers, bien entendu sans pincer la chambre à air cette fois, autrement je suis cuit et il ne me reste plus qu’à bouffer les pissenlits par la racine…
Je vous rassure, normalement tout ça prend au maximum 15 minutes pour quelqu’un d’entraîné et ce n’est pas très difficile, mais bon, comme c’est la première fois pour moi, il me faudra…. 2 heures !
Ok, ce n’est pas la gloire, mais en fait pour moi c’est une petite victoire personnelle, parce que devoir changer un pneu tout seul au milieu de nul part, c’était une de mes plus grande hantise…
Le petit compresseur 12Vque j’avais acheté à Almaty me regonfle la roue vite fait. Je ne repartirais plus jamais en voyage sans en prendre un avec, ça peut paraître ridicule, mais c’est d’une telle utilité et c’est à peine plus encombrant qu’une bonne pompe…
Du coup, ce petit succès personnel me donne un bon coup de boost au niveau moral et j’apprécie nettement plus mon trajet. C’est de la pure piste caillouteuse, sinueuse, avec d’un côté la falaise et de l’autre… un précipice.. Je ne croise personne avant le garde du check point avant le col de Karguch qui culmine à 4344m. J’ai l’impression d’être dans un paysage lunaire, il n’a a quasiment plus de végétation, pas de bruit, personne, les seuls animaux que je peux observer sont des sortes de marmottes assez dodues et qui courent d’une façon assez pataude devant mes roues, au point où je dois même freiner pour ne pas les écraser… La piste, principalement caillouteuse, a par endroit des sections de pur sable, qui me font suer à grosse gouttes…
Il n’y a quasiment pas de trafic sur la route du Pamir, mais le risque d’accident quand on croise un véhicule ici est bien plus élevé qu’ailleurs, tellement ils roulent n’importe comment. Dans un virage sans visibilité, j’arrive droit en face de 2 camions chinois roulant côte à côte… La seule option pour moi fut de sortir dans le bas côté de la route, heureusement sans mal.
Toutefois, la plus grande plaie de l’Asie centrale pour les motards (et les pauvres cyclistes) sont les chiens sauvages… Ces sales bêtes sont équipés de détecteurs de motards, et même avant que je puisse les voir, ils sont déjà à mes trousses, avec seulement 2 buts : se jeter sous ma roue avant ou me chopper un mollet !
Et je peux vous assurer que pour s’en défaire, il ne faut pas y aller par 4 chemins, c’est des gaz (ils n’ont aucun problème à vous suivre à 40km/h) accompagné par du klaxon et des coups de bottes…
A l’entrée de la ville de Korogh, je dois m’arrêter au check point de la police pour présenter une fois de plus mon permis GBAO nécessaire pour visiter la région. Le policier, qui parle anglais cette fois, me dit qu’il me manque une autorisation et que je n’ai pas le droit d’être sur cette route ! J’argumente en disant que l’autre fois j’ai pu passer sans problème (alors que le garde qui ne parlait pas anglais avait essayé de me faire comprendre quelque chose de similaire, mais m’avait laissé passé pour finir…). Rien à faire, il veut de l’argent. Il me dit que s’il rempli un papier c’est 35 somoni, mais que si je lui en donne 30, il me laisse passer. Je m’en tire en lui donnant 20 somoni à la fin… Toute première fois que je dois soudoyer la police de mon voyage. Je ne suis même pas trop énervé, ça devait bien arriver une fois !
Exténué par cette journée de fou, je suis enfin de retour à la Pamir Lodge en début de soiré et y’a de l’activité, car le groupe de motards polonais est déjà arrivé ! Ils n’ont pas traîné, ils ont quasiment fait en 1 jours ce que j’ai fais en 2 jours !
Il reste heureusement un lit de libre dans une des chambre que je partage avec Jamie, un américain. J’achète des yogourts et de l’eau au magasin du coin et à 21h je m’écroule dans mon lit, tellement je suis fatigué.
8 août
Bien que je sois allé me coucher tôt hier soir, totalement anéanti par cette rude journée, je n’a de nouveau quasiment pas dormi de la nuit, pour des raisons que j’ignore cette fois, puisque je n’avais pas de problèmes d’estomac…
Mon plan initial était de partir très tôt, mais c’est justement le matin que j’arrive enfin à dormir !
Steve, le mécano australien, propose de me souder le support de valise puisqu’il doit de toute façon aussi faire de la soudure sur une des Africa Twin qui a eu un crash hier. On se renseigne pour trouver un poste à souder, et les réponses ne sont pas très claires. Il y a un vieux poste qui traîne au milieu du jardin de la guesthouse, mais il doit dater d’avant l’age de bronze je pense, et malgré son côté vétuste un autre problème se pose. Il a besoin d’une alimentation tri-phrasée, où est-ce qu’on va trouver ça ?
Bien évidemment, il n’est pas équipé d’une prise, mais juste de 3 fils dénudés…
Steve n’étant pas disponible avant cet après-midi et sentant un peu le plan foireux avec ce poste à souder, je décide de mettre les voiles sans réparation, je mets simplement tout ce qui est lourd dans la valise de gauche.
Avant de quitter la ville j’en profite pour retourner chez le réparateur de pneu, pour faire réparer la chambre à air que j’ai endommagée hier en enlevant le pneu. 10 minutes et 2 CHF plus tard je peux enfin prendre la route, il est déjà passé midi !
Pour l’avoir déjà faites à 2 reprises en jeep, je sais à quoi m’attendre, et c’est vraiment pas de la tarte. La route est très mauvaise, surtout sur les parties goudronnées qui sont pleines de gros trous qui me donnent des sueurs froides à chaque fois que je sens ma jante qui ramasse un nid de poule, le spectre de la crevaison me hante tout le temps… Les parties purement de gravier sont nettement plus agréables, mais en général, c’est souvent un mélange des deux et la concentration est de mise car ça change d’un instant à l’autre. En tout cas, je suis bien content d’avoir un jeu de pneus neufs.
Dans tous les villages où je passe, je suis accueillis par des cris et des hello des gamins, qui me tendent la main pour que je tape dedans en passant, c’est très marrant. Je m’arrête quelque fois, et les garçons veulent toujours que je fasse des photos, ce qui m’arrange bien parce que je déteste demander au gens si je peux prendre des portraits d’eux. Les filles par contre, quand elles voient que je m’arrête, souvent elles ont peur et partent se cacher. Les garçons eux, touchent tout ce qu’il peuvent sur la moto, veulent tourner la poignée des gaz et des fois je les laisse monter dessus. Ce qui est dommage par contre, c’est que dès que je prends des photos, ils prennent tous une mine toute sérieuse et plus personne ne souris… J’ai bien essayé de leur faire comprendre qu’il faut rigoler pour la photo aussi, mais ça ne marche pas…
Aujourd’hui j’ai aussi bien entendu rencontré mon lot de cycliste habituel, avec, cerise sur le gâteau, un tessinois qui pédale depuis 4 ans déjà et prévois d’arriver en Suisse l’année prochaine !
Ce qui est incroyable, c’est qu’à force de croiser des cyclistes, on en deviendrait presque blasé, genre.. ahh encore un cycliste…. alors que c’est vraiment un truc de fou qu’ils font, cette route est dans un état horrible, elle a énormément de dénivelé, il y a très peu d’endroits où trouver de la nourriture et de l’eau…
J’arrive à Kalaikum juste avant la tombée de la nuit, et trouve un hébergement pour la nuit. 10$ avec souper et déjeuné compris. Je dors dans le jardin à côté de la rivière, et luxe absolu, il y a même une vrai douche, la première depuis mon arrivée au Tadjikistan ! Bon, ne nous excitons pas trop rapidement, une fois sous la douche, je constate qu’il n’y a quasiment plus d’eau et pour réussir à me mouiller je dois secouer le pommeau continuellement. Au final j’ai quand même réussi à me doucher, et en utilisant certainement moins de 2 litres d’eau !
Je soupe, et je fais un brin de causette avec des français qui dorment dans la même guesthouse avant d’aller dormir.
9 août
Je suis réveillé aux aurores à cause d’une odeur…. de merde. Le chat a posé sa pêche à côté de la barrière, à moins de 2m de ma tête… Charmant !
L’objectif de la journée est d’arriver à Douchanbé, la route est longue, il faut très chaud et donc je prévois de partir très tôt… Mais… finalement, je prends le petit déjeuner avec les 2 couples de français et on discute un peu, et finalement je ne pars qu’à 9h30 de Kalaikhum.
Il existe 2 routes pour rejoindre Douchanbé, la nord et la sud. Je choisis la route nord, parce qu’elle est 85km plus courte et passe par un col à 3250m. C’est de la pure piste, la route est très étroite et caillouteuse avec des falaises vertigineuses… Mise à part quelques camions, il y a peu de trafic, tout le monde empruntant en général la route du sud, et je comprends pourquoi maintenant… Les fixations de mes 2 valises ayant maintenant rendu l’âme, elle ne tiennent plus que grâce à des sangles et pendouillent des 2 côtés de la moto. Pire encore, mon gros sac qui se trouve sur la place passager, que je fixe avec 2 élastiques seulement est tombé du côté de l’échappement à cause des bosses et les gaz brûlants ont fait un énorme trou dedans…
Après 70km, je suis bloqué. Une espèce de digue naturelle ayant cédé, la rivière a inondé une partie de la route. L’eau arrive à demi cuisse, donc impossible pour moi de passer avec la moto, la prise d’air est trop basse.
Sur place je fais connaissance avec 2 belges (flamants, comme tous les belges que j’ai rencontré durant ce voyage d’ailleurs) qui voyagent jusqu’au Japon avec une vieille jeep de l’armée belge. Ils viennent de sortir une voiture de l’eau et là y’a une Lada Niva qui tente sa chance et qui échoue…
Il y a également un ukrainien, qui voyage sur une moto chinois 50cc avec laquelle il a traversé la moitié de la Russie et retourne chez lui par le même itinéraire que moi. Pour lui, pas question de faire demi-tour, il roule à 10-20km/h ici, c’est trop loin de retourner à Karaikhul. Il espère pouvoir la mettre dans un camion pour franchir la partie inondée.
Quand à moi, je n’ai pas la patience d’attendre, je fais donc demi-tour et retourne en direction de Kalaikhum. Je suis au point de départ après un détour qui me fait perdre 6 heures !
J’attaque la route du sud à 15h30. Au départ elle est pas mal du tout et me permet de rouler à 80km/h…. Rassurez-vous, ça ne durera pas longtemps comme ça et progressivement elle se dégrade.
Ne trouvant pas de logement, je suis contraint de continue à rouler avec la tombée de la nuit. Je constate que mon phare éclaire le côté droit de la route uniquement, il a probablement été déréglé dans une de nos chutes en Mongolie… La majorité des conducteurs qui viennent en sens inverse ne prennent pas la peine de mettre les feux de croisement, et ceux qui le font réussissent toujours à remettre les grands feux, juste 2 secondes avant de me croiser, histoire de bien m’éblouir…
Vers 21h30, finalement, et après m’être arrêté à plusieurs reprises pour demander où trouver un logement, je trouve un hôtel ! C’est pas cher et pas terrible, mais j’ai rien besoin de plus qu’une douche froide et un lit ! La douche commune n’a plus de lumière, je m’en improvise une avec ma lampe frontale, et m’en vais essayer de dormir dans cette chambre qui est plus chaude que l’enfer même ! Même le ventilateur que m’apporte le proprio, pris de pitié je suppose, ne sera pas d’une grande aide…
10 août
Décidément, je sais pas ce qui m’arrive ces derniers temps, mais j’ai à nouveau très mal dormi et durant la nuit j’ai soudain eu tellement la nausée, que le seul reflex que j’ai eu étant de vomir par la fenêtre ouvert…. Sans me soucier de ce qu’il peut bien y avoir en dessous… heureusement, ma fenêtre donne sur un terrain vague, ma galette n’a pas du importuné grand monde… Peut-être même que les chats du quartier y ont trouvé quelques éléments commestibles…
Une journée qui ne commence pas sous les meilleures auspices et pour couronner le tout, quand je tire la chasse d’eau aux toilettes, le tuyau qui amène l’eau du réservoir à la cuvette s’enlève avec la pression de l’eau et devinez qui se ramasse 10 litres de flotte dans le dos ? Damned !
En essayer de réparer la toilette j’empire encore la situation en faisant un essais, c’est le réservoir qui tombe cette fois, tout est est inondé… Je n’ai plus d’autre solution que de fermer la porte et de disparaître au plus vite de cet endroit !
La bonne nouvelle, c’est qu’il a y des garages de réparation de voiture juste en face de l’hôtel, je m’en vais donc me renseigner s’ils peuvent me souder mon porte bagage…
Cette fois, les choses sont faites un peu plus professionnellement, ils me demande de le démonter, et de déconnecter la batterie… Après environ 45min je suis prêt à repartir, avec une soudure qui a l’air bien plus robuste, mais qui ressemble à la toute première soudure qu’un enfant de 8 ans ferait…. Soit, tant que ça tient, je vais pas me plaindre !
Toute la section de route que j’ai parcourue hier de nuit était goudronnée et excellente, c’est encore le cas aujourd’hui sur une grande partie du trajet. On sent qu’on se rapproche de la capital, il y a plus de trafic, des vraiment pompes à essence, des gens vendant de l’essence en bidon tous les quelques centaines de mètres, ainsi que les habituels vendeurs de pommes et autres fruits. Aujourd’hui il y a également un joli petit col sur la route pour Douchanbé.
Arrivé en ville, je ne me casse pas les couilles, je retourne directement à l’hôtel où j’avais séjourné la semaine passée. Le prix est tout à coup de 20$ au lieu des 15$ que j’avais payé parce que je suis seul… Après une sérieuse négociation, il capitule !
Après un pizza dans le même fastfood où j’étais allé avec Daryl, j’achète du chocolat et je retourne à l’hotel pour regarder un film avant de dormir… Cette fois j’ai même l’air conditionné dans ma chambre et je peux vous dire que j’en profite, quel luxe !
11 août
Bon, aujourd’hui ne sera pas une journée de repos, il me faut d’abord laver tous mes habits qui sont couverts de poussière, et voir les dégâts causés à mon sac pour l’échappement. Ma tente est hors service, brûlé à travers, mon lonely planet de l’europe de l’est a quelque pages en moins, mes gants d’hiver ont un peu rétrécit, les gaines de mes cables de gaz et d’embrayage ont fondues, mais le reste n’a rien… Je répare donc l’immense trou de mon sac avec une partie de la tente et à grand renfort de Geffer.
Il me faut encore faire une mise à jour du blog, envoyer quelques emails, et profiter de manger quelque chose de pas du tout Tadjik!
En fin, d’après-midi, alors que je m’apprête à retourner à l’hôtel, je fais la connaissance de Massoud, un jeune iranien qui est ici pour étudier. On va finalement boire un verre ensemble et il me raconte un peu sa situation.. Son père et son oncle, partisans de l’opposition au gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad ont été liquidé. Il a réussi a obtenir une bourse pour faire ses études au Tadjikistan, mais ici il n’y a aucune perspective d’avenir pour lui et il est prêt à partir dans n’importe quel pays qui l’acceptera et me demande si je peux lui donner des conseils… Bien entendu, en tant que suisse ne n’ai pas la moindre idée de ce que c’est que de demander un visa de réfugié politique, vous imaginez bien !
Il a envoyé des demande d’asile en Australie et au Canada, où beaucoup d’iraniens se sont exilés, mais les procédures sont longues, alors pour l’instant il n’a pas de réponses.. Pour moi, c’est difficile à imaginer à quel point il faut être désespéré pour être prêt à partir n’importe où et tout quitter, sa famille, ses amis, sa culture….
Massoud, comme beaucoup de jeunes en Iran d’après ce qu’il me dit, n’est pas un fanatique religieux, il veux pouvoir s’habiter comme il veut, boire de l’alcool, avoir le droit de marcher dans la rue avec un fille, d’écouter la musique qu’il veut… Il n’a pas d’espoir que la situation change en Iran, toutes les personnes qui tentent des actions contre le gouvernement en place disparaissent simplement…
Après lui avoir échangé mon cool collier (à sa demande) contre un bracelet un peu pourri avec écrit love dessus, on se quitte et je rentre à l’hôtel.
lien vers mon album picasa:
https://picasaweb.google.com/106209865320705925268/Tadjikistan?authkey=Gv1sRgCMvsm8m21KWbTQ
https://picasaweb.google.com/106209865320705925268/Tadjikistan?authkey=Gv1sRgCMvsm8m21KWbTQ